Ce sentiment qui nous prend aux tripes lorsqu'on se retrouve seule sur son cheval, la sensation d'aller a une telle vitesse qu'on n'entend plus rien à cause du vent qui bat nos oreilles. Cette puissance, à se demander si on va s'arrêter un jour et quand, être tellement concentrée qu'on ne voit plus les gens autour de nous, faire corps avec le cheval, n'être plus qu'un. Une seule entité indissociable. Et puis les chutes, le sable, l'eau, la boue, quelques bobos, le souffle parfois coupé, la peur de remonter et finalement on se retrouve une nouvelle fois dessus. Les larmes coulent, je suis plus affectée que ce que j'aurai pu penser, j'ai arrêté toutes les recherches, je me demande si un jour je retrouverai un cheval comme un Harlem, un cheval que je n'ai pas dompté, un cheval sur qui je n'ai pas imposé ma présence mais un cheval que j'ai réussi à apprivoiser et qui m'a apprivoisée, comprise. Tous les jours, en cours, je regarde cette photo de nous collée sur mon trieur, je suis perdue, j'ai une sensation de vide, parfois des pensées telle "quand t'es dessus tu t'imagine pas le prix de la vie sous ta selle, pourquoi faut il un prix ?" J'ai enlevé les photos sur les murs de ma chambre, c'était trop dur à supporter, mon fond d'écran lui ne change pas et tous les jours je pose les yeux sur cette photo en me disant que j'ai raté quelque chose. Je me sens vide et si je m'écoutais j'aurai presque envie de ne plus monter à cheval tellement je suis dégoutée. Je repense aux moments qu'on a passé ensemble, à tout ce que je voulais faire et que je n'ai pas pu faire, aux progrès et aux choses qu'il a su m'apprendre, au bonheur que j'ai connu près de lui comme aux moments difficiles, aux jours ou je n'arrivais pas à entrer dans son box parce qu'il me terrorisait, aux jours ou il me faisait trop de câlins et essayait de manger tout ce qui lui passait sous le nez... J'y repense, j'y repense trop. J'ai parfois l'impression de ne plus rien savoir faire, de tout avoir oublié, c'est idiot. Je suis perdue, j'ai eu trop de rêves, trop d'illusions, le retour a la réalité étaitest trop brutal.
Au rythme de leur chevauchée, ils allaient ça et là, et elle savait que son cheval était aussi enthousiaste qu'elle, aussi amoureux de vitesse, de grand air et de liberté.